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Philippe Mellier Président du Groupe FRAIKIN s’exprime dans Autoactu

09/04/2020

Philippe Mellier, Président de Fraikin : « Ne pas payer ses factures peut mettre en péril toute l’économie »

Acteur européen de la location de véhicules industriels et utilitaires, le groupe Fraikin est pour l’heure peu impacté par le confinement grâce aux besoins accrus du secteur alimentaire. Il surveille en revanche de près les défauts de paiement de ses clients qui ne sont pas toujours justifiés, constate Philippe Mellier, Président de Fraikin.

Auteur : Xavier Champagne
Chef de rubrique

Autoactu.com : Récemment, la FNTR révélait un sondage qui montrait que 59% des camions des transporteurs en France ne circulaient plus, faute de commande. Quelle est votre propre vision de l’activité ?

Philippe Mellier : En France, la moitié de notre parc en LLD, soit 11 000 à 12 000 véhicules, circulent toujours, selon les informations que nous communiquent nos clients. Pour les autres, nous en profitons pour anticiper les opérations de maintenance ou réglementaires dans nos 110 ateliers qui sont tous restés ouverts, à l’exception de deux petits. Nous incitons nos clients à anticiper car quand l’activité reprendra, il risque d’y avoir une surchauffe dans les ateliers.
En restant ouvert, même avec la moitié de nos effectifs sur le terrain (10% en télétravail et 40% au chômage partiel ou en mi-temps), nous récupérons quelques opportunités de business car les ateliers des transporteurs ou des garages ne sont pas tous opérationnels.

Autoactu.com : Comment a évolué votre activité de location courte durée ?

Philippe Mellier : Notre activité courte durée n’a baissé que de 10% en mars, et de l’ordre de 25 à 30% depuis le confinement, sur un parc disponible de 11 000 véhicules en France. Si les secteurs du BTP ou de la restauration se sont arrêtés, il y en a d’autres qui augmentent : notre agence de Rungis est ainsi en surchauffe car les maraîchers qui ne peuvent plus aller sur les marchés font de la livraison à domicile et ont besoin de petites camionnettes.
Le besoin de camions frigorifiques est aussi en forte hausse avec l’activité accrue des supermarchés. On en a bénéficié en Espagne pour notre activité courte durée mais aussi au Royaume-Uni sur notre activité LLD car nous avons beaucoup de clients dans ce secteur.
Ce qui est notable, c’est qu’en Italie et en Espagne, malgré le confinement, l’activité de transport s’est maintenue, même dans les secteurs dits non stratégiques.

Autoactu.com : Votre activité de vente de véhicules d’occasion est-elle à l’arrêt ? Cela peut-il poser des problèmes de trésorerie et une baisse de leur valeur de revente ?

Philippe Mellier : Avec la fermeture des frontières, la vente de nos VO s’est en effet arrêtée temporairement. La situation n’est pas alarmante, nous avons 700 véhicules en stock, alors que nous en vendons en moyenne 300 à 400 par mois. Ce sont des VO de 8 à 10 ans dont la valeur de revente ne va pas changer en si peu de temps.
Ces VO ont déjà eu deux vies chez nous : en longue durée, jusqu’à 58 mois en moyenne, puis en moyenne et courte durée après avoir été reconditionnés. Nous n’achetons que 1 000 à 1 500 véhicules neufs par an pour notre parc de 11 000 véhicules en LCD.

Autoactu.com : Dans le secteur de la location de VP, le loueur Europcar est en grande difficulté, touché de plein fouet par le confinement au moment où son activité très saisonnière allait débuter. Risquez-vous également de rencontrer des problèmes de trésorerie à brève échéance ?

Philippe Mellier : Non, nos recettes restent stables car avec les deux tiers de notre activité en location longue durée nous sommes moins sensibles aux aléas du marché de la location courte durée, activité qui est en outre moins saisonnière dans le VUL-VI que dans le VP.
Notre besoin en cash pour financer nos véhicules (en France, Espagne et Royaume-Uni) est assuré par un pool de banques qui nous accordent une enveloppe bien supérieure à un milliard d’euros dans le cadre d’une formule de titrisation, c’est à dire adossée aux véhicules, qui nous évite de trop recourir à l’emprunt classique. Cette enveloppe, qui assure la liquidité du groupe jusqu’en 2021, doit être renouvelée et même augmentée dans le cadre de la croissance de nos activités.

Autoactu.com : Certains de vos clients rencontrent-ils déjà des difficultés à payer leurs loyers ?

Philippe Mellier : Nous surveillons nos défauts de paiement comme le lait sur le feu. Car, avec le confinement et l’arrêt d’activité, certains ont aussi décidé d’arrêter de payer leurs factures. Quand il s’agit de traiteurs ou d’entreprises dans l’événementiel qui ont effectivement dû tout arrêter, on essaye d’être à l’écoute et de trouver des solutions pour les accompagner. Mais il s’agit parfois de grandes entreprises qui sont peu touchées mais profitent de l’effet d’aubaine pour protéger leur trésorerie voire renégocier leurs conditions. A ceux-là, nous leur disons que nous ne sommes pas une banque et que nous avons nos camions et nos salariés à payer. De tels comportements sont minoritaires, heureusement, mais peuvent mettre en péril toute l’économie s’ils se généralisent.

Autoactu.com : La crise du Covid-19 remet-elle en cause votre projet de rachat de Via Location ?

Philippe Mellier : Non, nous sommes dans une phase d’échanges avec l’Autorité de la Concurrence qui se prolonge, mais nous espérons bien conclure ce projet d’ici le mois de juin. Les actionnaires de Via Location comme les nôtres, des fonds d’investissement, ont toujours la volonté d’aboutir, d’autant que cela se fera sans sortie de cash mais par l’augmentation de la dette de Fraikin pour reprendre celle de Via Location.
Avec 60% de son activité dans la location de VI, Via Location complète bien celle de Fraikin, à 60% dans la location de VUL. Tous deux réunis pèseront de l’ordre d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2021, à comparer aux 806 millions réalisés en 2019 par Fraikin (785 millions en 2018).
Ce rapprochement est important pour élargir notre clientèle et être prêt à saisir des opportunités dans cette période de crise qui pourrait rebattre les cartes.

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